Ne parlez pas d’acquis. En face, le patronat ne désarme jamais (Ambroise CROIZAT)
17 Septembre 2025
Compte rendu de l’entrevue à Matignon
entre Sophie Binet et le premier ministre Lecornu
15 septembre 2025
La secrétaire générale insiste d’abord sur les fortes attentes des salariés exprimées le 10, avec 350.000 manifestants, et une forte participation attendue le 18. Le chaos institutionnel n'est pas une bonne chose, mais il n'y aura pas de stabilité sans rupture profonde et sans écoute des aspirations des travailleurs alors que le patronat a eu tout ce qu’il voulait pendant 8 ans. La première rupture, indispensable, c’est l’abrogation de la réforme des retraites, des solutions de financement existent et il y a besoin de gestes forts rapidement.
Le Premier ministre dit vouloir être à l'écoute des « corps intermédiaires » et des territoires. Le projet de budget Bayrou sera revu, le vrai sujet étant selon lui de savoir quel pourcentage de PIB on s'autorise comme déficit. Il présentera son budget le 13 octobre, après un discours de politique générale autour du 1er octobre. Il considère que les marchés financiers nous guettent quant à la réforme des retraites et demande l’appréciation de la CGT sur la prise en compte de la pénibilité.
Sophie Binet relate que lors du conclave toutes les propositions ont été refusées par le patronat. Il faut remettre en place les quatre critères de pénibilité et instaurer un système par branche. Mais des mesurettes sur la pénibilité ne su iront absolument pas en matière de retraite et si le premier ministre veut passer l’hiver à son poste, il faut qu’il abroge la réforme des retraites de 2023. Quant aux marchés financiers ils ont abaissé la note de la France juste après la réforme des retraites et leur premier enjeu c’est la stabilité politique. Le problème n’est donc pas les marchés financiers mais le président de la République.
Le Premier ministre indique que le gros sujet est également l’emploi, le travail à préserver et la menace du chômage, en particulier celui des jeunes qui augmente. Il n’a pas annoncé renoncer à la réforme de l’assurance chômage et interroge sur la possibilité de taxer les ruptures conventionnelles et de remettre en cause les droits à l’assurance chômage dans la foulée.
Pour la CGT, parmi d’autres propositions de recettes, il faut déplafonner les cotisations et les allocations chômage, comme le fait l’AGIRC ARRCO. Cela peut rapporter 800 millions d’euros par an, ce que nous défendons depuis 10 ans. Cela concerne les très gros salaires et le Medef refuse du fait de l’impact essentiellement sur les grandes entreprises. Il est inacceptable de réformer à nouveau l'assurance chômage.
Le ministre dit être très preneur d'une vraie revue des entreprises en difficulté.
La secrétaire générale fait notamment état de la situation de Vencorex, de la verrerie de Vergèze, de la sidérurgie et du secteur automobile, avec des dangers graves pour les sous traitants. Il faut un changement profond d'approche pour l'industrie et une véritable vision stratégique. Il faut réunir des assises de l'industrie, inclure les salariés dans les différents comités de suivi et leur attribuer de nouveaux droits d’intervention, dans les conseils d’administration notamment.
Alors que la Banque Publique d'Investissement (BPI) signe beaucoup de pactes d'actionnaires, il faut au contraire que l’état utilise les instruments à sa disposition, change de doctrine et mette les aides publiques sous contrôle social.
Le Premier ministre se dit ouvert au dialogue social et à des assises de l'industrie. Il juge la situation générale tendue et veut porter les sujets industrie sans que le RN puisse s'en approprier les résultats.
Pour la CGT il faut changer le modèle productif, d’un point de vue environnemental notamment, et forcer le patronat à prendre des positions courageuses par rapport aux grands groupes, qui ne jouent plus le jeu de la France et de leur pays.
Le projet de loi des GM&S permettrait de responsabiliser les grands groupes par rapport aux sous-traitants.
Concernant le secteur public, les hôpitaux ont de plus en plus de mal à fonctionner et il faut 10% d'augmentation de l'objectif national de dépenses d'assurance maladie (ONDAM), les coupes dans les budgets des collectivités ont des impacts délétères dans les secteurs de la culture, de l’aide sociale à l'enfance et dans le déficit d’investissements locaux. Les salaires des fonctionnaires provoquent une colère très forte et posent des problèmes de recrutement.
C’est la France qui a le moins augmenté le SMIC depuis 10 ans et il faut remettre en place l'échelle mobile des salaires. Nous soutenons la taxe Zucman et dénonçons les abus du « pacte Dutreil » qui prévoit une réduction des droits de mutation sur la transmission d’une entreprise familiale : l'État organise lui-même l'optimisation fiscale. Il faut par ailleurs taxer les dividendes et les rachats d'action, qui sont honteux.
Le Premier ministre considère que l’on parle peu de santé au travail et interroge sur l’avis de la CGT sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).
La CGT transmettra son analyse complète sur la PPE et a irme qu’il est indéniable que les ordonnances Macron qui ont supprimé les CHSCT ont contribué à la dégradation de la santé au travail.
Plusieurs thèmes sont abordés ensuite :
• La justice fiscale : nous confirmons au PM que nous soutenons la taxe Zucman y compris sur les actifs professionnels, que nous proposons aussi le retour de l’ISF, la taxation des rachats d’action et des dividendes et une vraie progressivité de l’IR
• L’année blanche (gel des pensions, prestations sociales, salaires des fonctionnaires, budget des SP): la CGT dit son opposition, le premier ministre ne donne aucune réponse et indique que le budget est encore à l’étude.
• l'allocation sociale unique : la CGT est contre, ce dispositif ne ferait que des perdants. Le ministre précise qu’a minima il faudrait être capables de mettre en place « social.gouv.fr », un portail social unique pour faciliter le recours aux droits.
• Réforme du code du travail : la CGT dit son opposition totale à cette négociation que F Bayrou voulait lancer et le Premier ministre semble ne pas être intéressé par son ouverture.
• AME, aide médicale de l’État : la CGT rappelle que ce décret a fait les gorges chaudes du RN et que la conjugalisation des droits est une mauvaise chose, qu’elle empêcherait beaucoup de femmes de se soigner ou de soigner leurs enfants. Il y a des enjeux de santé publique. Le Premier ministre dit être à l’écoute sur ces sujets. Pour le ministre, il faut « faire des choses » sur le thème de l’immigration avec le plus d'humanisme possible, pour ne pas laisser la main au RN.
• Régularisations travailleurs sans papiers et renouvellement des titres de séjour : Sophie Binet indique que jusqu'à présent nous parvenions à les mener avec des critères précis, alors qu’aujourd'hui c’est catastrophique sur les renouvellements de titres de séjour, alors que cela devrait être automatique. Le ministre mettra ce sujet davantage dans le débat avec le patronat.
• Audiovisuel public : le PM n’annonce pas l’abandon du projet de loi Dati, il doit discuter avec son groupe politique. La CGT dénonce les ambitions de la ministre de la Culture de détruire l’audio-visuel public et déclare que tout le secteur de la culture est en guerre avec sa ministre, alertant sur le fait que tout le secteur de la création est en train d'être détruit.
• Stratégie de maintien de l'ordre : pour la CGT elle est dangereuse et scandaleuse La gestion dénonce la gestion Retailleau. Des militants ont été en garde à vue et un retour sera fait sur des dossiers précis.
• Loi Duplomb : des décrets sont en attente. La CGT demande qu’ils ne soient pas publiés.
• Franchises médicales : pour la CGT, leur augmentation serait une catastrophe pour beaucoup de travailleurs et de retraités.
• 1er mai : une PPL déposée par la droite sénatoriale a été suivie d’un avis favorable du gouvernement, pour la CGT c’est inadmissible. Le Premier ministre partage le fait que c’est un texte inutile. • Vie chère en Outre-mer : pour la CGT le projet de loi n’est pas à la hauteur et doit être renforcé. Le premier ministre partage la nécessité d’avoir des mesures fortes et indique qu’il faut revoir l’octroi de mer.
• PJL fraude : la CGT prévient qu’il ne faut pas torpiller les droits des assurés. Le ministre insiste : ces sujets doivent être traités avec calme, il fait revenir à la vie parlementaire : il ne souhaite plus utiliser le 49.3, mais ne l’écarte pas. La CGT avertit qu’il faut empêcher toute alliance droite et extrême droite, sachant que la réforme des retraites et la loi immigration ont fait l'objet de 49.3 : c'étaient des points de bascule. La CGT conclut en prévenant que la mobilisation du 10, et celle du 18 qui s’annonce très forte, sont le signe d’une exaspération sociale majeure, d’autant plus que le Premier ministre n’annonce à ce stade que le retrait du projet de suppression des 2 jours fériés.