Ne parlez pas d’acquis. En face, le patronat ne désarme jamais (Ambroise CROIZAT)
14 Mars 2024
À l'occasion du quatre-vingtième anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (CNR), la CGT organise un colloque et un rassemblement le 15 mars 2024 à Paris.
Le 15 mars 2024 sera le quatre-vingtième anniversaire de l’adoption du programme du CNR - « Les jours heureux » auquel la CGT a fortement contribué, représentée à l’époque par notre camarade Louis Saillant.
En mars 1943, Jean Moulin reçoit du général de Gaulle la mission d'unifier la Résistance au sein d'un Conseil de la Résistance. Il se réunit à Paris pour la première fois le 27 mai 1943.
Il rassemblait sous la présidence de Jean Moulin huit représentants des mouvements de résistance, six des partis politiques et deux des centrales syndicales ouvrières dont Louis Saillant pour la CGT.
Le Conseil de la Résistance - qui devient le Conseil national de la Résistance (CNR) à l’automne 1943 - avait une double fonction :
L'idée d'un programme commun issu des mouvements de la Résistance avait été portée par Léon Blum dès 1942.
Mis en forme par Pierre Villon, du Parti communiste français - PCF, le Programme d'action de la Résistance, qui deviendra après la Libération le Programme du CNR, résulte d'un compromis à partir de différents textes dont celui de la CGT, présenté en septembre 1943.
Le programme du CNR avait une double dimension :
o l'établissement de la démocratie,
o la mise en place du suffrage universel (mais seulement masculin !),
o la refonte du système éducatif,
o l'établissement d'un plan complet de Sécurité sociale,
o le droit au travail et le droit au repos,
une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations « indigènes et coloniales » (sans évoquer une possible autodétermination !).
En particulier par le rôle de notre camarade Louis Saillant, présent dès la première réunion le 27 mai 1943, membre du bureau permanent de 5 membres à partir de septembre 1943 et élu à la présidence du CNR, à l’unanimité, le 11 septembre 1944.
Mais cette place importante de la CGT dans l’élaboration d’un programme qui exprimait l'unité de la Résistance mais aussi la volonté d’établir une véritable démocratie économique et sociale a été invisibilisée.
Pour la CGT, il ne s'agit pas seulement de commémorer cet évènement historique mais de replacer le programme du CNR dans le contexte d’aujourd’hui, alors que la menace de l’extrême droite est de plus en plus réelle.
S’il n’est pas question de vouloir « rejouer » l’histoire, les points communs avec les années trente sont frappants :
Ce programme, issu d’un compromis, comportait des manques et notamment les droits des femmes, qui bien qu’ayant joué un rôle majeur dans la résistance en sont absentes, même concernant la possibilité de voter.
De même pour les colonies et le droit à l’autodétermination des peuples n'est pas abordé. Enfin, parmi les nouvelles dimensions, incontournables aujourd’hui, la question environnementale qui évidemment ne se posait pas en 1944.
Le Medef ne s’est jamais caché dans sa volonté de défaire ce qui a pu être fait à la Libération. Ainsi Denis Kessler, ancien vice-président du Medef, utilisait en 2007, sous Sarkozy, le programme du CNR pour désigner l'ensemble des réformes de 1945 :
« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s'y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d'importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… À y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux.
La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! ».