Ne parlez pas d’acquis. En face, le patronat ne désarme jamais (Ambroise CROIZAT)
1 Juin 2020
Revue de presse par Aline Leclerc
samedi 30 mai 2020
C’est un jugement qu’ils espéraient depuis longtemps. Six ans après la fermeture de leur usine, les 832 salariés du site Goodyear d’Amiens Nord, qui contestaient leur licenciement économique en justice, ont finalement obtenu gain de cause. En effet, jeudi 28 mai, le tribunal des prud’hommes d’Amiens a condamné le géant du pneumatique pour « licenciement sans motif économique valide ».
« C’est le couronnement d’années de lutte acharnée des salariés de ce site, qui avaient décidé de ne pas se laisser faire, souligne leur avocat, Me Fiodor Rilov. Le juge reconnaît qu’ils avaient raison, qu’il n’y avait pas de justification économique aux licenciements et à la destruction des emplois.Et que Goodyear ne l’a fait que pour accroître ses bénéfices et les dividendes versés aux actionnaires, alors même qu’ils réalisaient, cette année-là, 1,7 milliard de dollars [1,5 milliard d’euros] de résultat ! »
Répétant la défense soutenue à l’audience, selon laquelle « cette fermeture était nécessaire pour sauvegarder la compétitivité de l’entreprise », Goodyear France a réagi par un court communiqué, indiquant « examiner ces décisions avant de décider de faire appel ». Même si c’est le cas, « ils devront d’abord payer les indemnités », relève Me Rilov, la condamnation étant assortie d’une exécution provisoire.
«On est très heureux. Ça a été long, fastidieux, violent, mais la lutte paye ! , se réjouit Mickaël Wamen, ex-délégué CGT du site, qui aimerait que cette victoire inspire d’autres salariés. Plein d’entreprises vont utiliser l’excuse fallacieuse du Covid pour lancer des plans sociaux prévus depuis longtemps. Il faut se battre ! »
Cette victoire a pourtant un goût amer. « Goodyear ne rouvrira pas ce site industriel. 1 143 emplois ont été supprimés », rappelle M. Wamen. « Ce jugement nous rend notre dignité, mais il n’effacera pas les drames sociaux et familiaux », a regretté l’ex-déléguée CGT, Evelyne Becker.
« Une petite revanche »
Nombre d’ex-salariés du site n’ont, depuis six ans, jamais retrouvé de CDI. Comme Emile, 56 ans, qui n’a travaillé qu’en intérim. « J’ai accepté des places horribles, comme vider des cuves de purin… » En ce moment, il est au chômage. Rien que de l’intérim aussi pour Denis, 49 ans : « C’est bien, cette victoire, mais j’aurais préféré garder mon boulot. » Pour lui, leur épreuve de force avec Goodyear, amorcée dès 2007 contre un passage aux 4 x 8, et qui a vu jusqu’à la séquestration de deux membres de la direction, a marqué négativement leur CV.
« Un jour, un employeur m’a convoqué dans son bureau et m’a lancé : “C’était juste pour voir ta sale gueule de Goodyear”, se souvient-il. Ce jugement, c’est quand même une petite revanche par rapport à tout ce préjudice qu’on subit à cause de notre lutte. On a la fierté d’avoir eu raison de nous battre pour notre emploi. » Les ex-salariés victorieux devaient se retrouver vendredi en assemblée générale pour connaître le détail de leurs indemnités. En visioconférence, bien sûr.